Le Créateur
Vers le milieu du XIXème siècle, le grand écrivain anglais, Charles Dickens, donnait le jour à une suite de récits qui feraient partie du panthéon de la littérature
britannique, rassemblés en un recueil intitulé Contes de Noël. Parmi ces contes, se trouvait le fameux « Christmas Carol » dans lequel apparaissait un des plus célèbres avares
de l'histoire littéraire : Ebenezer Scrooge, visité la veille de Noël par les esprits du passé, du présent et de l'avenir. En 1947, un auteur de comics Disney, nommé Carl
Barks, se souvint de ce personnage pour créer le vieux grigou d'oncle qu'il venait d'attribuer au malheureux Donald. Scrooge McDuck (alias
Balthazar Picsou, en France) était né.
Riche et
avare
Lors de sa première apparition, Picsou est bien plus acariâtre qu'il ne l'est aujourd'hui. Proche du personnage de Dickens, son argent
passe avant sa famille. Mais, si son côté cupide et radin demeure, le vieux canard va se laisser attendrir peu à peu par ses petits-neveux Riri, Fifi et Loulou. Originaire d'Ecosse, Picsou a prospecté à travers le monde jusqu'à découvrir sa première mine d'or dans le Yukon (Canada).
C'est le début d'une fortune qui va faire de lui le canard le plus riche du monde. Peu confiant dans les banques pour préserver son immense richesse, Picsou va devoir trouver
lui-même le moyen de protéger ses montagnes de pièces et de billets. C'est ainsi que Barks, en 1951, imagine un coffre-fort géant (imprenable ?) que Picsou fait construire
au sommet de la colline Killmotor, à Donaldville. Ce coffre lui servira aussi de « piscine », puisque le sport
favori de Picsou consistera dès lors à plonger et à nager dans ses pièces.
Ennemis...
Il va s'en dire qu'être la volaille la plus fortunée du monde attire les ennemis comme des
aimants. Parmi les plus illustres, on compte :
Les Rapetou (alias the Beagle Boys, aux USA),
sont créés par Barks... la même année que le fameux coffre-fort, comme si celui-ci était indissociable de ces bandits éternellement masqués ! Combien sont les Rapetou (appelés Ratistou à
leurs débuts en France) ? Nul ne peut répondre avec certitude. Barks en a dessiné treize en une seule case, mais il a aussi fait dire à Picsou qu'ils
étaient trente. Dans les aventures créées en Italie, ils se réunissent en convention... par centaines ! Mais souvent, dans les histoires européennes, ils sont trois. Ce dont on est sûr,
c'est que les Rapetou sont frères et cousins (mais semblent tous clonés), et que leur chef est leur grand-père : Gracié Rapetou. Ils
apparaissent pour la première fois en France dans Le Journal de Mickey n° 263 (année 1957) dans la traduction de leur première aventure, où ils ne font qu'une brève apparition :
« Donald et l'autodéfense » (Walt Disney's Comics and Stories # 134 : « Terror of the Beagle Boys »).
Archibald Gripsou (Flintheart Glomgold), est un milliardaire d'Afrique du Sud et le « jumeau » spirituel, mais maléfique, de Picsou. Créé par Barks en 1956, il apparaît pour la première fois en France dans Le Journal de Mickey n° 357 (année 1959), dans la traduction de sa première aventure : « Picsou contre Gripsou » (Uncle Scrooge # 15 : « The Second-richest duck »).
Crésus Flairsou (John D. Rockerduck), est un multimillionnaire américain qui s'est contenté d'hérité de la fortune de son père, prospecteur d'or durant la ruée de 1849. Eternel rival de Picsou, il n'hésite pas à recourir à des méthodes malhonnêtes pour damer le pion au canard le plus riche du monde. Ainsi, il emploie les Rapetou, s'associe avec Miss Tick, use de l'espionnage industriel, etc. Il a été créé par Barks en 1961 et apparaît pour la première fois en France dans Le Journal de Mickey n° 529 (année 1962) dans une traduction de sa première aventure : « Qui gagne perd » (Walt Disney's Comics and Stories # 255 : « Boat Buster »).
Miss Tick (Magica de Spell), également créée en
1961 par Barks, est une sorcière italienne vivant sur les pentes du Vésuve, en compagnie de son corbeau Algorab. Son objectif est de s'approprier le premier sou gagné par Picsou,
qui lui permettra de fondre une amulette qui aurait le pouvoir de faire d'elle la plus grande sorcière de tous les temps... et la plus riche. Problème : cette pièce est le
sou fétiche de Picsou qu'il conserve religieusement, convaincu qu'il est un porte-bonheur déterminant pour la conservation de sa fortune. Miss Tick apparaît pour la
première fois dans Le Journal de Mickey n° 538 (année 1962), dans la traduction de sa première aventure, « La Sorcière du Vésuve » (Uncle Scrooge # 36 : « The Midas
touch »).
Brigitte McBridge n'est pas à
proprement parler une ennemie, mais plutôt une enquiquineuse, aux yeux de Picsou. Elle est folle amoureuse de lui et prête à tout pour lui passer la bague au doigt. Mais le vieux célibataire
endurci la repousse inlassablement, convaincu qu'elle en veut à sa fortune. Créée par l'Italien Romano Scarpa, sur une idée de Carl Barks, elle apparaît pour la première fois en
1960 et fera les beaux jours en France de Mickey Parade, demeurant quasi absente du Journal de Mickey.
... Et Amis
Heureusement, face à ces ennemis, Picsou pourra compter sur quelques
alliés :
Géo Trouvetou (Gyro Gearloose, créé en 1952,
encore par Barks) est un inventeur génial, épaulé par Filament (Little Helper), petit robot à tête d'ampoule, muet mais très débrouillard. Lorsqu'il est en mal d'inspiration, Géo
utilise son nididé, un étrange chapeau en forme de cheminée au sommet de laquelle nichent trois corbeaux qui croassent lorsque l'inventeur a enfin trouvé l'idée géniale qui lui manquait
! Géo apparaît pour la première fois dans le JDM en novembre 1953, dans une aventure de Donald intitulée Donald perd ses vers. L'inventeur est appelé alors
S. Priford, son nom défintif de Géo Trouvetou ne lui étant attribué qu'en 1956. Géo aura droit à ses propres aventures publiées dans Le Journal de Mickey,
indépendamment de celles de Picsou.
Autres alliés nettement plus omniprésents : son neveu Donald, entraîné malgré lui dans les péripéties de son vieil oncle. Dans les chasses aux trésors antédiluviens, c'est toujours lui qui
porte les bagages, creuse, rame et se prend les coups de canne ; ses petits-neveux Riri, Fifi et Loulou, pleins d'astuce et mettant à profit leur manuel des Castors Juniors
pour venir en aide à leur « Onc' Picsou ». Sans oublier, enfin, le dévouement de sa fidèle secrétaire, Miss Frappe (Miss Quackfaster, créée en 1961, toujours par
Barks), discrète mais indispensable.
Picsou et pseudonymes
En France, Scrooge McDuck a du mal à se faire un nom. Lorsqu'il débarque en
1948-1949, on le nomme « Harpagon », en référence au fameux avare de Molière. Au début des années 50, les traducteurs utilisent également les noms de « Oncle Edgar » ou de
« Jérémie McDuck ». Ce n'est qu'en décembre 1952, à l'occasion de son arrivée dans Le Journal de Mickey, que le rédacteur en chef d'alors, Raymond Calame,
aurait inventé le nom de Picsou. Quelques années plus tard, Picsou sera gratifié, toujours dans le JDM, du prénom « Omer ». Il faudra attendre encore un peu pour qu'il soit enfin
baptisé du nom qui fera sa célébrité dans l'hexagone : Balthazar Picsou.
La Gloire
Le succès du personnage en France sera tel qu'en 1972, il bénéficiera de son propre mensuel : Picsou Magazine, encore en kiosque aujourd'hui, qui lui-même donne naissance à Super Picsou Géant. Entre temps, Picsou a fait du cinéma : en 1964, dans Scrooge McDuck and money, Picsou apprend à ses neveux Riri, Fifi et Loulou, l'histoire de la monnaie et leur explique comment faire fructifier leurs économies. Ce dessin animé éducatif sort chez nous en 1967 sous le titre Picsou banquier et sera rediffusé dans le Disney Channel, sur FR3, dans les années 80.
Plein d'énergie, le canard renouvelle l'expérience cinématographique en 1983, avec Le Noël de Mickey, adaptation du « Christmas Carol » de Dickens, dans lequel il joue le rôle d'Ebenezer Scrooge (la boucle est bouclée !) De plus, de 1987 à 1990, Picsou est le héros de sa propre série animée, Duck Tales, diffusée dans nos contrées sous le titre de La Bande à Picsou à partir de 1988. Cette série ramènera Picsou au cinéma dans Duck Tales - the movie (Le Trésor de la lampe perdue), en 1990.
Enfin, depuis 1987, les comics de Picsou
ont atteint une qualité scénaristique et graphique rare, grâce à Don Rosa, fan et spécialiste de Carl Barks. Il a notamment créé la série de comics La Jeunesse de
Picsou, racontant la vie du héros de 1877 à 1947, série qui a été bien justement récompensée par un Will Eisner Award, en 1995.
Dans les années 80, Picsou a souvent fait la couverture du Journal de Mickey, étant le héros de la grande histoire complète ouvrant le
journal :


